Impact de l’étalement urbain sur les terres agricoles : conséquences et enjeux majeurs

Entre 2006 et 2020, la France a perdu environ 60 000 hectares de terres agricoles par an au profit de constructions et d’infrastructures. Les politiques publiques peinent à appliquer l’objectif de zéro artificialisation nette, fixé pour 2050, alors que la pression démographique et économique persiste.

Malgré une législation renforcée, certaines dérogations continuent de permettre l’extension des zones urbaines sur des sols fertiles. L’impact sur la souveraineté alimentaire et la biodiversité aggrave les tensions entre développement urbain et préservation des espaces cultivables.

Pourquoi l’étalement urbain menace-t-il les terres agricoles ?

L’étalement urbain avance sans relâche, grappillant chaque année des pans entiers de terres agricoles partout en France. Sous la poussée démographique et la pression économique, les communes étendent peu à peu leurs zones urbaines sur les espaces naturels autrefois réservés à l’agriculture. Cette progression ne se fait pas à coups de bulldozer géant, mais à force de petites opérations, de lotissements successifs, qui grignotent le foncier cultivable à petites bouchées.

Plusieurs ressorts alimentent ce phénomène :

  • la demande constante de logements et d’infrastructures, qui se fait souvent au prix des espaces agricoles naturels ;
  • l’absence de politiques de densification ambitieuses, laissant la périphérie absorber la croissance urbaine ;
  • la hausse de la valeur foncière, qui incite certains propriétaires à céder ou réorienter leurs terres.

Les outils d’urbanisme, PLU ou SCoT, n’offrent qu’une résistance relative : les règles existent, mais des dérogations, parfois justifiées par l’intérêt général, autorisent encore la consommation d’espaces jusqu’alors préservés. En 2020, le ministère de la transition écologique dénombrait autour de 5,1 millions d’hectares d’espaces artificialisés, une progression qui ne faiblit pas depuis vingt ans.

Ce mouvement ne change pas que la physionomie des paysages. Il met la pression sur la fonction nourricière des territoires, rend l’accès au foncier agricole plus difficile et pose la question du maintien d’une agriculture locale capable de soutenir la souveraineté alimentaire, face à l’avancée de l’urbanisation.

Des conséquences multiples sur l’environnement, l’agriculture et la société

L’étalement urbain transforme le territoire et laisse des traces profondes. La consommation d’espaces naturels accélère la disparition des terres cultivées et bouleverse l’équilibre des écosystèmes. À mesure que les espaces agricoles naturels disparaissent, la dégradation des sols s’aggrave. L’imperméabilisation des surfaces multiplie le ruissellement, augmente le risque d’inondations et pollue les rivières. La fragmentation des espaces verts coupe les corridors écologiques, amenuise la faune et la flore et provoque une perte de biodiversité qui s’inscrit dans la durée.

Pour les agriculteurs, la pression foncière rend l’accès à la terre toujours plus difficile. Moins d’espaces naturels agricoles, c’est moins de surfaces à cultiver, moins de fermes viables et une souveraineté alimentaire qui s’érode. Dans les centres urbains et à leur périphérie, la raréfaction des ressources naturelles remet en cause les ambitions de développement durable et augmente la dépendance aux importations alimentaires.

L’empreinte écologique s’alourdit aussi sur d’autres fronts : les émissions de gaz à effet de serre progressent avec le déploiement d’infrastructures et l’allongement des trajets quotidiens. Les paysages perdent leur singularité, les liens sociaux s’effritent, et la qualité de vie s’étiole dans des quartiers périphériques mal desservis. Chaque choix d’aménagement s’inscrit dans le temps long et pèse sur le futur des espaces agricoles et naturels, piliers de nos sociétés.

Face à l’artificialisation : quels défis pour préserver nos espaces cultivables ?

L’artificialisation des terres avance à grand pas, et le signal d’alarme ne cesse de retentir. Chaque année, des milliers d’hectares de terres agricoles disparaissent sous le béton ou l’asphalte. Sur le terrain, la préservation du foncier agricole se heurte à des logiques d’urbanisation qui naviguent entre croissance démographique, pression foncière et exigences environnementales.

Les outils de planification urbaine forment la première ligne de défense. PLU, PLUi, SCoT, SAR : ces instruments structurent l’aménagement du territoire et tentent de limiter la consommation d’espaces naturels. Leurs résultats dépendent de leur capacité à fixer des bornes à l’urbanisation et à sanctuariser les zones agricoles protégées. Pourtant, leur mise en œuvre se frotte à des intérêts locaux parfois opposés, que ce soit à l’échelle des communes ou des intercommunalités.

La taxe d’aménagement et les dispositifs de compensation de l’artificialisation cristallisent les débats. Faut-il continuer à urbaniser sur des espaces agricoles naturels ou miser sur la reconversion des friches industrielles ? Les leviers existent, mais leur activation dépend d’une volonté politique affirmée et d’une mobilisation collective. Préserver les espaces cultivables, c’est faire le pari d’un futur plus résilient, en gardant en ligne de mire l’équilibre fragile entre ville et campagne, développement et préservation.

Jeune urbaniste déployant une carte dans la campagne

Des stratégies innovantes pour concilier développement urbain et protection des terres agricoles

Devant l’étalement urbain qui gagne du terrain, certaines communes innovent et lancent de nouveaux modèles. Le développement de l’agriculture urbaine s’impose progressivement en réponse à la disparition des espaces agricoles naturels périphériques. Sur les toits, dans d’anciennes friches industrielles, des potagers collectifs s’installent. Ces projets, loin d’être anecdotiques, offrent aux citadins un accès à une autonomie alimentaire partielle et préservent les ressources naturelles via les circuits courts.

Parallèlement, la création d’espaces verts multifonctionnels dans le tissu urbain devient une piste sérieuse. Certains territoires mettent en place des zones tampons entre la ville et les terres agricoles, atténuant la pression foncière. L’urbanisme se transforme alors, participant à façonner une ville où l’espace agricole et l’espace naturel ne sont plus relégués au second plan.

La progression des circuits courts et la mise en avant des productions locales renforcent l’idée d’un développement durable ancré sur le territoire. Des collaborations voient le jour entre collectivités et agriculteurs : mise à disposition de terres, appui à la commercialisation, prise en compte dans les documents d’urbanisme.

Voici quelques axes concrets pour agir et repenser la relation entre ville et campagne :

  • Réaffectation de friches industrielles pour l’agriculture urbaine
  • Création d’espaces verts en lien avec l’agriculture locale
  • Promotion des circuits courts pour préserver l’autonomie alimentaire des territoires

Ville et campagne ne se font plus face, elles s’imbriquent, se complètent. Dans ce mouvement, on voit poindre les bases d’une nouvelle manière d’habiter le territoire. Et si l’avenir se construisait justement là, sur ces lisières où la terre nourrit encore l’idée de vivre autrement ?

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